Nathalie Joffre

 

 

 

 

Selected poems from Méandres, Mélasses, Elévations (1999-2010)

La contre-métamorphose

Les remous laissent le goût du passé dans la bouche de son regard
Et puis elle hait le regard de l’eau sur ses vies
Il perce et tire ses draps d’illusion au bord de sa peau détruite
La réveillant de son état, brisée comme une lune
Les remords suivent les plumes qu’elle perd le long de la terre renversée, traversée d’horizons, détruits.
Elles sont décapitées ces plumes dé-poignées par l’air
Et leurs carcasses, muguets percés, pendent autour de son cou meurtri
Le dégoût de ce tout, tout cela au bord des gouttes lacrimales
Elle le secrète
L’amer du soleil la brûle, poupée d’encens ensanglanté mais ne la métamorphose jamais,
Pierre, elle reste
Froide et figée, elle se penche dans le vide
Tomber et tout briser dans cette potion de rien
Et de monotonie. L’angoisse monte et gratte sa gorge avec ses ongles sciés par le froid puis l’étrangle dans son sommeil.

XX

Etouffement métropolitain

Eh bien moi aussi, j’observe, j’observe, j’observe
La violence dans les yeux des gens et les enfants, ces bonbons acidulés perdus entre des forêts de jambes vilainement usées
Des arrêts, des sirènes, des bouffées d’air brûlants, des mendiants sans yeux, des morts presque morts d’être vivants
Le silence est d’or, dit-on, ici il fait froid.
J’ai ma pelote sous le bras, sa laine me piquote et me tient toute gaie : elle est chamarée
Elle sent mon odeur ou l’odeur que je veux bien lui donner, je me dis que c’est la plus poétique odeur au monde… celle des nœuds qui fusionnent dans leurs couleurs
Il fait moins froid, je sors du cercueil humain le sourire aux lèvres,
J’ai semé ma laine, les morts ont chaud.

XX

Froideur cotonneuse
Javel étincelante sous mes ongles bleutés
Rosace au creux de ma main
Tourne dans les montagnes, mes tempes
Ensorcelées
Rosace imaginée, points cardinaux organiques
Mes dés sont déjà plantés
Les couteaux de mes élans
Partir et vivre l’écartèlement
Rester et sentir la lame à chaque mouvement
« Respire ton air, celui des chemins
bois l’eau qui coule des herbes légères » dit celui qui coupe les têtes.

XX

J’étiolais

J’étiolais
J’étiolais le dos velours tapi
Les veines creuses. Craquent
Des nez saignés, des brisures, un vin mort
Tourbillonnent en surface
Mon écorce se multiplie, les gels
L’écran de vie, à demain l’ami…tu me carapaces
Scarabée-sang , boule de chair, sève-sculpture, insectes liquides
A vous mon autopsie. La mort m’ennuie.

XXX